Les arcanes des procédures administratives d’attribution des visas m’ont ramené brièvement en Suisse. J’ai laissé mon Ducato entre des mains que j’espère bonnes et j’ai profité des conditions économiques favorables des vols entre Athènes et Genève pour venir enquérir les visas nécessaires pour l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Cet intermède m’a amené à une tranquille balade entre le quartier des ambassades à Genève, où se situe la Mission permanente de l’Inde, et la gare de Cornavin. Après quelques minutes de marche, dans la forte chaleur de cette journée caniculaire, je me questionnais sur les changements que je ressentais. Le calme tout d’abord, en raison du trafic très diminué en période estivale, le peu d’attention nécessaire et la quasi absence de bruit rendait ce déplacement plaisant, reposant. Je m’étonnais ensuite de la régularité des revêtements, l’absence de trou ou de gravat, permettant une démarche relâchée avec le regard qui porte au loin, plutôt qu’une constante attention sur le prochain mètre, comme en montagne, pour éviter toute embûche. Je m’étonnais aussi de la propreté. En une heure de marche, je n’ai pas rencontré un seul mégot, pas de canette, pas de bouteille, pas de papier, rien, y compris dans le périmètre de la gare. Plus tard, dans la banlieue industrielle de Satigny, de voir une balayeuse nettoyer une route propre m’a réellement interpellé.
Le contraste est saisissant avec ce que j’ai rencontré ces dernières semaines, en particulier les déchets sauvages abandonnés dans l’environnement urbain et industriel proche de la mer. Alors que l’on préconise chez nous une attention particulière à nos consommations et à nos gestes, les gouvernements du bord de mer semblent ignorer ces pratiques et ne prêter aucune attention à leur environnement. Les déchets jonchent les bords des routes, le fond des rivières à sec, les terrains vagues. Certaines décharges publiques sont à ciel ouvert, ou pire, se déversent directement sur la mer. Les abords immédiats des conteneurs d’ordures, même à proximité des plages et des hôtels huppés, sont repoussants de saletés. Malheureusement, ce constat décourageant ne concerne pas que la Grèce, c’est comparable à Naples, en Albanie, en Espagne également, les déchets sont partout, à un coup de vent ou à une ondée de la mer.
Quinze tonnes de déchets plastiques sont déversées dans les océans chaque minute. Si rien ne change d’ici 2050, il y aura alors plus de plastique que de poissons ! Et apparemment rien ou presque n’est fait pour influencer cette tendance effarante, alors que basiquement, la collecte, le tri et l’éducation de base des individus n’est pas une tâche difficile et tellement plus facile que d’aller ultérieurement nettoyer la surface et le fond des mers.
Une étude que je découvre, en buvant tranquillement mon cappuccino sur une terrasse, déclare que même les eaux du Léman sont polluées de manière irréversible et que nous ingérerions cinq grammes de plastique par semaine, soit l’équivalant d’une carte de crédit, crunch, crunch… Un petit digestif avec ça ?
