Dans la mythologie grecque, Hadès naquit de l’union de Cronos et Rhéa, des Titans qui engendrèrent également Zeus, Poséidon, Hestia, Déméter, Héra. Lorsque Zeus, obtenant la souveraineté, est chargé de réorganiser le monde, il décide d’attribuer la Mer à Poseidon qui, mécontent fit quelques frasques adolescentes, dont le naufrage du Titanic qui rendit Leonardo DiCaprio et la belle Kate Winslet célèbres. Il confie les Enfers à son frère Hadès et garde pour lui les Cieux et quelques privilèges que l’on retrouve encore aujourd’hui chez certains dirigeants monomaniaques, misogynes et autoritaires. Hadès devint donc la divinité de la mort, précurseur de la joyeuse célébration de Halloween. Monstrueux, intraitable, assisté par des démons et des génies maléfiques, il règne sur un monde obscur craint des hommes. Brrr, on en frémit encore.
Auprès d’Hadès règne Perséphone. Hadès l’avait enlevée, autrefois, dans les plaines de Sicile, alors qu’elle jouait avec ses copines à cueillir des narcisses. Perséphone est la fille de Démeter et donc la nièce d’Hadès. Hadès, en était amoureux, mais Zeus, également père de Perséphone, n’avait pas consenti au mariage, répugnant à savoir la jeune fille enfermée éternellement dans le séjour des ombres. Aussi Hadès avait-il résolu de l’enlever. L’Iliade raconte que… , . Je simplifie, sinon je dois retaper tout le texte de l’Iliade et ça pourrait lasser. Hadès est secondé dans ses tâches et machinations par de multiples personnages, fourbes et retors, malfaisants, comme personne, en particulier par Cerbère, son clébard à trois têtes, gardien des enfers. En fait, Cerbère est une chienne à trois têtes, gardienne hargneuse et inflexible, empêchant quiconque de quitter cet endroit pop (musique rock, alcool, sexe et j’en passe). Redoutée même par les dieux olympiens, avec une crinière de serpent et le visage d’une femme, Cerbère terrorisait les défunts, qui ne pouvait la calmer qu’en lui donnant un gâteau au miel, ou deux, d’où la création des délicieuses tuiles au miel vaudoises. Sa bave répandue sur le sol donna naissance à l’aconit, une plante toxique dont le suc servait à empoisonner les pointes des flèches et des lances. à fabriquer les filtres des magiciens et envoyer chez Hadès les dissidents soviétiques. Cerbère chez Hadès, d’où le dicton professoral : «J’ai mis Cerbère en enfer», bien connu en allemand «Gemisszerberentempver», cqfd.
A notre arrivée à Athènes, je devais faire une halte dans un garage Fiat, rapport à des soufflets de cardans à changer. Prudent, j’avais préalablement repéré l’adresse sur le net, ainsi que celle du camping et, comble de chance, les deux se trouvaient à une petite encablure l’une de l’autre. C’est effectivement une vraie chance, car la circulation dans Athènes tient de la Servette aux heures de pointe, en permanence cependant. Là où Dame Athena m’a un peu laissé tomber, c’est que ces adresses se trouvaient dans la zone immédiate d’un carrefour majeur à six pistes, dont un des axes était sur un pont ,et dont les accès devaient se faire par des présélections accessibles un kilomètre en amont : le carrefour de Châtelaine combiné avec le pont Butin et des pistes en plus. Les Genevois expliqueront aux non-initiés. En bref, il ne faut pas se tromper, pour ne pas se tromper il faut connaître et pour connaître il faut être né là. Je me suis trompé, une fois, deux fois, trois fois, …. et pour rectifier la trajectoire, il faut compter une demi-heure par rotation. J’ai dû en effectuer trois pour arriver devant l’enseigne Fiat que j’avais fini par apercevoir. Quand on aime, on ne compte pas !,Enfin garé devant une alignée de Cinquecento rutilantes, le gérant de l’agence affable m’informe, bien que ça se voyait comme le nez au milieu de la figure du Sphinx de Gizeh, que là, on ne fait que de la vente. Le service réparation est un peu plus loin, de l’autre côté du carrefour, tout près et très facile à trouver. Professionnel et bien élevé, il me donne l’info : «à droite, puis à gauche et juste sous l’enseigne Skoda, qu’il faut être aveugle ou zinzin pour ne pas voir». Merci, merci, et nous voilà repartis. Ce n’est qu’une heure plus tard que j’ai compris le problème, car si c’était effectivement à moins de deux cents mètres, le fameux logo Skoda ne se voit qu’une fois le pont passé, dans notre dos et haut sur la façade. Mais moi, au volant dans cet enfer bruyant, je me focalise de préférence sur les mouvements de circulation devant moi et de côté, pas sur la décoration des façades des immeubles, ni sur le décolleté des passantes ! En bref, aveugle et zinzin ! Bon, on a quand même finit par y arriver et la petite demoiselle de la réception Fiat Workshop Services, a aimablement regardé la photo absconse de mon soufflet de cardan déchiré, puis est allé voir le chef d’atelier et celui-ci, sans une once d’intérêt pour cette belle image, que j’eus tant de peine à immortaliser, et sans même lever son derche de sa chaise dit «μη !». Pas d’hauteur de levage suffisante, il n’a ka aller Ʃe faire mettre chez les Grecs; Αντιο σας! Là, j’invente. Enfin non, je décris mon ressenti. C’est qu’ils ont de qui et de quoi tenir, c’est dans leur mythologie, leur alphabétologie et leurs pathologies.
On reprend la route, le carrefour plutôt, d’abord dans une direction pour aller sur une autre, puis dans une autre pour aller sur la troisième, selon la logique de l’endroit et on finit par passer devant le camping. Par passer devant, là, juste derrière nous maintenant ! Et bien entendu, impossible de faire demi-tour, à cause de la circulation et de la berme centrale, rebaptisée spontanément d’une manière un peu plus virile. On se refait donc un kilomètre pour tourner, puis le carrefour infernal et on finit par arriver devant la porte. Et encore, je l’ai fait courte. Je m’étonne toujours qu’on puisse payer des gens pour un truc si mal foutu, mais aussi qu’il y ait des personnes apparemment sensées qui s’amusent sur des jeux de plateau à des trucs comme ça. Eh, la meilleure… Qui a inventé le labyrinthe ? Un Grec, un certain Dédale (juré, je n’invente rien), pour un roi capricieux, pour enfermer le Minotaure, une créature insensée qui conduit un Fiat Ducato dans une suite chaotique hellénique. A ce moment de la journée, j’étais au bord de mon ravin psychologique et, heureux d’arriver, je me réjouissais de pouvoir me détendre, de me rafraîchir sous une douche abondante et de permettre à mon cerveau pressuré de retrouver son niveau zen Om mani padme hum.
Le camping Athens, que nous avions préréservé par le biais de la technologie moderne 2.0, se présentait alors sous la forme d’un large portail d’acier, lourd, solide, et clos. Une affichette disait quelque chose que j’ai oublié, mais d’un intérêt assez limité pour l’existence de l’humanité. Je cherchais encore mon téléphone portable quand j’aperçus une dame, l’air décidé, la lippe vilaine, qui descendait le chemin derrière la grille. Elle fit coulisser le lourd ventail, juste suffisamment pour se glisser au dehors, et nous demanda notre identité, se plongeant immédiatement dans la lecture de ses fiches. Elle voulu savoir si la longueur du véhicule, préalablement annoncée, devait se comprendre portes arrières ouvertes ou non, et puis s’il s’agissait réellement d’un camper, parce que … Là, je ne me souviens plus de tout, sinon que je suis resté coi et très très calme, mais j’aime mieux quand c’est un peu trop plus moins calme. Elle a voulu voir la carte grise, et il a fallut expliquer que «veicolo abitabile» c’était écrit en étranger et que ça voulait dire «camper». A ce moment de l’échange verbal, la moutarde forte que je n’avais pas absorbée avait atteint le niveau de mon appendice nasal qui frisait la péritonite. Même au pénitencier de Bochuz les admissions doivent être plus simples et plus cordiales.
Peu amène, mais néanmoins retenu, je cessais cet échange inutile et engageais la marche arrière pour aller voir ailleurs chez les Grecs si j’y étais.
A la porte d’Hadès est un Cerbère, une femme à trois têtes, l’une sur ses papiers, l’autre qui aboie et la troisième qui s’apprête à mordre, qui protège jalousement l’accès aux Enfers.
Homérique !
