Ce projet est né sur un alpage aride, exempt de la belle herbe grasse qui couvre nos Préalpes, un endroit posé sur un petit plateau morainique, qu’occupent quelques bergeries aux toits plats faites de pierres et de boue séchée. Le feu ronflait dans le poêle bas, on attendait le repas de macaronis aux tomates, on échangeait nos impressions, nos expériences, nos visions.
Mes interlocuteurs étaient Muhammad, un jeune guide local, et son cousin Zaheer qui me servait de porteur. Ils me faisaient découvrir un coin de leur paradis et parlaient avec passion de leur projet touristique montagnard. Enfin, ici montagnard a une autre dimension, leur jardin est encombré de gros cailloux, le premier dans notre dos, le Karun Kuh, culmine à 6970 mètres, les suivants derrière sont cinq des quatorze 8000 du globe K2, Nanga-Parbat, Gasherbrum I, Broad Peak, Gasherbrum II, Broad Peak central, et les glaciers sont parmi les plus longs du monde, Slachen, Blafo, Baltoro, Batura, de quoi faire !
La nature est rude, sauvage, minérale et pure. Passé le pont de Raikot, on est un peu éloigné de l’axe économique principal, on entre dans le monde étrange du «Disputed territory». Le gouvernement ne s’y intéresse guère que pour en retirer quelques taxes mais sans réel soutient au développement de ces non citoyens, auxquels on n’accorde même pas le droit de vote. Et en hiver ? Peu d’infrastructure, pas de moyen. L’armée a bien mis sur pied quelques formations, pour pousser ces jeunes, bien éduqués et parlant bien anglais, à acquérir quelques notions de haute montagne, mais pour le reste, rien. Et si …
Un projet commence généralement par une simple idée, qui tourne, prend lentement forme avant de devenir une évidence, une nécessité. Vient alors le projet lui-même, une suite d’éléments, plus ou moins liés, plus ou moins réfléchis générant un cadre à développer, à structurer, à critiquer et des limites à repousser. Si tout ça tient, alors vient le moment crucial, celui de mettre ses affaires dans son sac et de pousser la porte, de s’engager sur le chemin, d’aller vers l’achèvement.
L’idée, de moins en moins folle, de plus en plus vibrante et excitante, est d’offrir l’opportunité à l’un de ces deux jeunes d’apprendre le ski, d’apprendre la haute montagne en hiver, de ramener à la maison son expérience et de la fructifier. Je leur ai soumis l’idée et ai pris l’engagement formel d’accueillir Zaheer trois mois en Suisse, de lui faire pratiquer le ski de manière aussi intensive que possible, le plus haut possible suivant mes propres capacités ou idées, et dans les conditions les plus variées possibles.
Acquérir la technique, acquérir la crédibilité, la suite est à venir.
www.darkskytourism.us est un regroupement de compétences régionales montagnardes de la vallée de Hunza (Gilgit-Baltistan) . Il organise des treks et des observations du ciel dans un environnement pure.
