La route – Ignominie
La route – Ignominie

La route – Ignominie

Bien avant de partir, en février alors que j’avais plus l’esprit à skier qu’aux problèmes de l’Orient, j’avais néanmoins pris quelques contacts avec des assureurs et, contre toute attente, La Mobilière qui m’assure tout, sinon ma carcasse, me fit une proposition pour le «monde». Nous fignolâmes les détails et le processus de déclenchement fut planifié pour le moment où j’aurais atteint l’est de l’Anatolie, quelque part en août. De la belle ouvrage, soignée comme une montre Swiss made, ordonnée comme la petite cantate de Barbara, Si, mi, la ,ré ; Si, mi, la, ré ; Si, sol, do, la …, qu’un chef, l’œil noir, lancerait d’un vif mouvement de baguette. Mais tu es partie fragile, Vers l’au-delà, Et je reste malhabile, Fa, sol, do, fa.

 

Avant-hier, ou était-ce avant-avant hier, dans la torpeur caniculaire, je réalise que je dois activer cette «Chère Mobilière» et demander un certificat en anglais que les officiers en charge, qui parlent en spaghetti sauce poivron intense, ne manqueront pas d’exiger. Je me fends donc d’une brève requête et, le weekend ayant passé, je reçois la copie d’un message qui demande  : «Cher Stefano, bla, bla, il avait été convenu en février, bla, bla, d’activer la couverture monde». A quoi Rexhaj qui s’est fait refiler la patate chaude, me demande candidement :
«Dans quels pays pensez-vous aller ?» et
«Serez-vous accompagné d’un guide ?».
J’ai hésité à lui dire que j’avais lâché la main de ma maman depuis bien quelques semaines déjà, je lui ai juste mentionné que j’étais déjà allé en Inde en 1982. Là, je me suis demandé quelle image il aurait de cette information, probablement plus de celle du malingre à cheveux longs tirant sur son chillum avachi sur une plage de Goa, plutôt qu’encordé, crampons aux pieds, à respirer quelques atomes d’oxygène en haute altitude. Quelles notions de géographie et de voyages au long court peuvent-ils bien avoir pour poser des questions aussi nulles ? C’est qu’Iznogoud, l’infâme, le sournois, le cupide opportuniste veillait.

Ultérieurement me vint une proposition, différente de ce que nous avions initialement convenu, inconvenante, qui me mit hors de moi. Je n’en ai pas dormi. Je cherchais en me tournant et me retournant des arguments propres à moquer leur inconséquence, ou une réaction violente et punitive, leur envoyer mon éléphant dans leur magasin de porcelaine, tournant les phrases, brassant les valeurs du code, multipliant les éléments pour expulser ma colère à tant de mauvaise foi et d’irrespect. A la prière du coucher, je décidais de la rupture totale pour perte de confiance. Dans ma transe de minuit, je visualisais un croquis vengeur. Au lever du soleil, hagard et déterminé, je composais mon ultimatum «revenir à l’original ou balayer notre relation».

Ils ont revu leur position, retenant la «longue collaboration» !