J’avais adoré le cheminement à travers la montagne, pour rejoindre la région de Sparte. Au sud de Nauplie, la route de la corniche tout d’abord, puis, quittant le bord de mer, l’engagement dans le défilé dans un décor sauvage, lumineux et délicatement fleuri. La conduite était lente, sans trafic, apaisée. J’ignorais alors que je traversais le mont Parnon, le domaine de Zeus et de ses fils Argos et Lacédémon, de Dionysos aussi. Le mont Parnon est connu dès le début de l’Antiquité comme un havre de végétation luxuriante avec des forêts denses de pins noirs, de châtaigniers, de genévriers et de caroubiers. Au nord, la chaine commence en Arcadie, dans le centre du Péloponnèse, elle traverse toute la région de Lacédémone avant d’atteindre les rochers sauvages et hostiles du cap Maléa.
Le cap escarpé, avec ses falaises hautes, sépare les mers Egée, Ionnienne et Crêtoise réputées perfides avec des tempêtes très puissantes. Dans l’Odyssée, Homère décrit qu’Ulysse, au moment de doubler le cap pour regagner Ithaque avec sa flotte, est rejeté au large : « Voici qu’au détour de Malée, le courant, la houle et le Borée me ferment le détroit, puis le port de Cythère. Alors neuf jours durant, les vents de mort m’emportent sur la mer aux poissons. » Ils seront finalement les seuls à échapper à la fureur de Poséidon, d’Eole et au Cyclope. Homère, ses héros, ses dieux, ses démons, ses intrigues, même plus de trois mille ans après, nous garde tout sons attrait.
Un phare, un des plus anciens de Méditerrannée, a été érigé sur les flancs est du cap. Après avoir quitté Neapoli sur le flanc ouest du cap, il faut rejoindre la crête et redescendre à l’est pour rejoindre le petit village de Velanidia. Construit en amphithéâtre sur le rocher escarpé, c’est un village aux maisons blanches, aux fenêtres colorées et aux toits de tuiles cramoisies qui donnent l’impression d’être sur une île. En raison de la raideur et de l’étroitesse de la route qui descend en zigzags très serrés la taversée du village est épique, tendue. Plus loin, à la sortie du village, le chemin remonte sous forme de piste non revêtue, mais saine et sans ornière, jusqu’à atteindre un petit hameau. De là part un bon sentier, bien balisé, qui traverse quelques terrasses cultivées avant de plonger vers la mer. En légère pente ensuite, dans la caillasse écrasée de soleil, à travers les épineux, les genêts, la bruyère en fleur, la sauge odorante, il traverse la pente en dominant la mer. Il faut compter deux heures d’une flânerie absente, dans l’oubli total du corps, de l’instant, comme suspendu au ciel, pour atteindre le phare.
