La route du sud – Grèce – Epidaure
La route du sud – Grèce – Epidaure

La route du sud – Grèce – Epidaure

Je m’en étonne chaque jour. Le pays que je parcours, quand je suis loin des villes ou des agglomérations, est vaste, beau, sauvage, laissé à lui-même sans intervention humaine. Je roule sur une carte postale.

L’autre jour, alors que je redescendais d’Isthmia vers Argos, où j’allais enfin faire changer mes soufflets de cardan, n’ayant pas mémorisé le trajet avant le départ, nonchalant je me laissais guider par le GPS. Quand il me fit quitter la route du bord de mer, tout d’abord surpris, je pensais que le peu de notions que j’avais de la région ne me permettait pas d’évaluer correctement un trajet qui devait franchir une crête majeure, comparable à l’élévation du Jura. Dès la côte quittée, la route se faufile entre les collines rondes, aux pentes douces partiellement érigées en terrasses, avec des murs de soutènement et de séparation faits d’empilements de pierres sèches, dans un heureux désordre de cultures et de fouillis sauvages. Ça et là, un berger accompagne un troupeau de chèvres et de moutons, mais globalement, sur plusieurs dizaines de kilomètres il n’y a quasiment aucune présence humaine. Plus loin, à un embranchement , le GPS me fait descendre vers un village, mais rapidement, le conducteur du pickup qui me suit me fait signe que non, qu’il me faut retourner. J’emprunte donc l’autre embranchement, contourne le village par le haut et j’ignore gaillardement l’instruction suivante de plonger plus loin, au vu de l’étroitesse du chemin proposé. La route choisie m’apparaît tout d’abord confortable, puis le revêtement disparaît, mais la piste est belle et s’enfile à flanc de montagne, étroite, bien tracée, sans ornière, plaisante à l’œil et à la conduite. Je la vois aussi au fond du vallon qui slalome et remonte plus loin. Jusqu’où vais-je aller ? Plutôt que de risquer une marche arrière sur plusieurs kilomètres je cherche un endroit suffisamment dégagé, me retourne et reviens en arrière.

En haut du village, je plonge suivant les données du GPS, dans le chemin étroit, très raide, bordé de constructions et de murets, comme ceux des vignes du Lavaux, le bucolique paysage lacustre en moins. A la première voiture parquée ça passe juste, à la deuxième c’est foutu. Le bord extérieur de la ruelle donne sur un escalier descendant vers un jardin. Impossible de passer et impossible aussi de reculer ; j’ai bien essayé mais je ne veux pas risquer d’y laisser mon embrayage. Je klaxonne, un petit coup pour attirer l’attention, puis une minute plus tard trois coups brefs d’appel et rapidement, le conducteur apparaît. Il me fait un sympathique signe de la main en baragouinant dans un verbiage inconnu, auquel je réponds du mien, ainsi, on est quitte. En approchant d’Argos, je retrouve la saleté, les carcasses des véhicules abandonnés, les constructions inachevées ou délabrées, les déchets de long des routes.

Au garage, ils ont reçu mes pièces, le démontage peut commencer. Dans la difficulté de trouver un atelier, j’avais imaginé un instant m’y mettre moi-même. Effectivement, devant démonter le train arrière, l’usage d’un lift n’est pas utile, il suffit de chandelles sous le châssis. Mais le mécano aura quand même beaucoup parlé, parfois aussi sur des tons qui ne semblait pas évoquer le délice d’un ouvrage plaisant mais plutôt l’appel au diable pour que la punition s’achève. J’aurais pas pu non plus, parce que je n’avais pas la très grosse douille, 60mm peut-être, ni le tube rallonge d’un bon mètre sur lequel il s’est pendu pour débloquer l’écrou central. Mais basiquement, c’est assez simple, sauf que les pièces reçues ne convenaient pas. Et m…. ! Bon, là j’étais quand même à la bonne place, après quelques appels téléphoniques énergiques, un employé saute sur sa moto et revient peu après avec son lot de pièces correctes. Cette fois c’est fait, c’est remonté et ça roule.

Au retour vers Isthmia, je n’ai pas suivi le GPS. J’ai regardé la carte, compris la situation et j’ai filé sur Epidaure reprendre la route de la côte, avec un petit détour au théâtre antique d’Epidavros. C’est un magnifique amphithéâtre, quasi intact, de treize mille places, utilisé chaque année pour une représentation majeure, comme à Vevey, sauf que les gradins ont été montés il y a plus de deux mille ans. Peut-être serait-ce une suggestion à faire à la Confrérie des Vignerons et à Mario Botta, sur la place du marché, face au Léman, un amphithéâtre permanent, en pierres de taille, avec des colonnes cannelées et des statues monumentales de déesses et danseuses.