La seule image que j’avais du Montenegro me venait du cinéma. Un mec blond, musclé, malin et agile comme un singe, accompagné d’une beauté faite femme par une volonté divine, et conduisant un bolide d’un million de livres sterling. En fait, mon souvenir tenait en trois noms, Bond, Vesper et Aston Martin, rien de très monténégrin apparemment. Je me représentais donc cette nouvelle nation, grande comme le quart de la Suisse et dont le statut politique actuel date de 2006, comme un casino dans un grand jardin, un nouveau Monaco en somme, plein de Mercedes et de BM, en plus la DB7 cabossée là-bas par notre ami James. Et ben non. Bien sûr, on n’a pas vu tout le pays, ni tout parcouru, ni tout mesuré, ni tout compris, mais à notre avis, non.
Cependant, il y a un bien un joyau. Quoi ? On dit un «joyal » ? Comme enchâssé dans un écrin de verdure, entre des hautes collines verdoyantes, un lac, immense. Bien sûr, il faut imaginer !* Il est grand comme la moitié du Léman, segmenté par des petites îles, des bandes de terre où paissent librement quelques vaches, des zones de forêt inondées, des zones de marécages, d’autres de nénuphars en fleur. Quelques micro-villages parsèment les alentours comme des edelweiss dans les Alpes, quelques routes contournent, ou croisent, là où c’est possible. Il n’y a pas de chemin, ni de sentier, et donc, à part par bateau, aucun accès n’est possible nulle part. Tout est protégé. Seuls les poissons, les oiseaux et quelques pêcheurs ont droit à cet espace. Ah non ! Il y a encore les grenouilles qui se manifestent dès la nuit tombée, quand les hérons et les vieux touristes dorment. 280 espèces d’oiseaux y ont été recensées sur les 600 connues en Europe. Et le héros toute catégorie est notre vieux copain Riki. Ricki ? Quoi, tu ne te souviens pas ? Mais oui, le copain inséparable de Petzi et de l’Amiral, celui qui portait les crêpes du pique-nique dans son bec ; le pélican frisé. L’animal fait quand même quinze à dix-huit kilos, sans les crêpes, et trois mètres d’envergure, soit un peu plus que le gypaète barbu de nos contrées alpines. De loin, on dirait un cygne, un peu moins élégant avec son long bec qui lui tombe devant le cou. De près on ne peut pas dire vraiment, les jumelles étant restées dans l’armoire à la maison, et aussi, la bête ne se laisse guère approcher à moins de cinquante mètres. Son vol est semblable à celui du héron, doux, lent souple, avec des ailes blanches larges et les plumes ouvertes comme les doigts d’une main, aux bouts noirs, qui auraient été trempés dans l’encre. Un cadeau pour les yeux et une coche exceptionnelle de plus dans le répertoire de Raymonde.
Pour la faune piscicole, on peut se référer à Boby Lapointe « La maman des poissons, elle est très gentille, et moi je l’aime bien avec du citron ». Au bistro **, la karp ** d’un kilogramme, cuite au grill, rapportait juste dix euros au tenancier. Ça laisse pas lourd pour le pêcheur qui préfère à l’occasion promener deux couillons sur sa barque pour trente-cinq euros par heure. Dieu, que le monde économique est mal emmanché !
Après ce don du ciel, et puisque nous n’avions pas encore fait de contribution majeure à l’état monténégrin comme James au casino, nous avons pensé qu’un recueillement œcuménique dans un lieu saint majeur profiterait certainement à notre karma, ou au prochain, ou à l’élévation de nos âmes. Nous nous sommes donc mis en route pour le monastère d’Ostrog (en serbe : Манастир Острог). C’est un monastère orthodoxe, construit dans l’infractuosité d’une falaise du Mont Ostrog, d’où le nom. Cet édifice est dédié à Saint Basile (Sveli Vasilije Ostroski), dont les reliques sont conservées dans une chapelle. C’est un lieu de pèlerinage réputé pour ses guérisons miraculeuses.
Le monastère orthodoxe d’Ostrog est un des monastères les plus visités des Balkans et il représente une place de rencontre des confessions orthodoxes, catholiques et musulmanes. La structure naturelle de la grotte a été utilisée pour réaliser les fresques directement sur la surface rocheuse. Bien que le lieu ait été bombardé pendant la deuxième guerre mondiale, il n’a pas subit de dommage, aussi d’aucun pense que Dieu aurait protégé ce lieu. Ces détails, et tant d’autres non décrits ici, ne proviennent pas des connaissances résultant d’études théologiques approfondies au collège de St-Maurice ou à l’Université de Fribourg, que je n’ai pas suivies, mais tout simplement d’informations glanées sur Internet, un média international relativement fiables et accessible en quelques clics.
* références aux répliques cultes de Jamel Debbouze et Edouard Montoute dans Astérix, Mission Cléopâtre
** orthographe correcte, parce que locale (de là-bas, pas de chez vous)