A Milan, je me suis souvenu d’un précédent passage, en octobre 1967, j’eus l’opportunité d’assister à la tentative de Jacques Anquetil contre l’heure au vélodrome du Vigorelli. Du coup ça m’a mis dans l’ambiance vélo.
Ouais, un tour de ville à vélo, entre Vespa et Alfa, je le sentais trop bien. Mais c’était sans compter sur la météo qui déversait une pluie froide, intermittente et insistante, alors on est allé au musée, à la Galerie d’Art Moderne, à la découverte des œuvres exposées. Parmi les merveilles présentées, je découvrais Giovanni Segantini, un contemporain de Ferdinand Hodler, dans le style et les sujets aussi, très beau. Puis on a mis le cap sur Bergamo.
Je m’en souvenais d’un précédant passage, une année de canicule, une jolie vieille ville, chaleureuse, ses ruelles étroites aux pavés polis, ses maisons de pierres, ses terrasses accueillantes. Là aussi, il pleuvait. Alors on s’est enfilé dans un musée. La seule lumière, au milieu d’austères barbus, de Romains en arme et de décapiteurs de chrétiens, ce fut une douce mère allaitant son bébé adoré. J’ai adoré ce doux sein rond, j‘en fus illuminé et j’y aurais aussi volontiers goûté, si ce n’eut constitué un péché de gourmandise. Puis, pour fuir tout châtiment et ce temps humide, on a mis le cap sur Verona, histoire d’approcher Othello, ça semblait tomber sous le sens. Manque de bol, on est tombé sur Rigoletto qui s’est joyeusement foutu de notre poire d’autant plus que ce n’est pas la saison des opéras ! Alors on s’en est allé voir couler toute cette eau sous le pont des soupirs…
A Venise, on marche, on marche et on marche … Partis à 10 heures on revient à 18 avec une heure de stop sur une terrasse à midi. C’est le rythme des villes. On a fait un tour sur la place St-Marc, sans visiter la basilique, piétiner dans la longue file d’attente ne nous motivait guère.
Trouver le musée Peggy Guggenheim dans le labyrinthe des ruelles, des ponts et des canaux nous a pris un moment, mais la collection est à l’image de ce que fut la vie de la fondatrice, exceptionnelle, et le bâtiment et ses jardins sont un joyau dans un écrin délicat.
Sur le chemin du retour, on a encore visité les Gallerie dell’Accademia, l’héritage de Venise des sculptures et peintures du 15ème au 17ème. C’est beau, riche, lourd, triste. Imagine une soirée diapos. 10 images, whaou, tu en redemandes, 50 c’est magnifique, tu as compris, 200 l’écœurement est là, tu t’apprêtes à vomir. Le musée a investi une basilique rénovée. C’est immense, les petites peintures font 1 mètre sur 2, les plus grandes 3 sur 10, et il y en a des centaines, toutes plus belles les unes des autres, les peintres les plus réputés. Un seul sujet : l’histoire biblique. Jésus bébé, Jésus crucifié, Jésus ressuscité. Ou la Vierge, ou un apôtre, ou un autre, et la croix, et encore, et encore. Au sortir de la ville, quelque jeunes proposaient des cours gratuits de religion. J’ai pas pris !
Venise mérite tout de même plus que d’arpenter la Place St-Marc et de croiser le Grand Canal par quelques ponts. Les ruelles regorgent de boutiques de bibelots, de souvenirs divers, d’articles de grandes marques, Prada, Hermes, Bulgari, H&M et mille autres, rien de bien palpitant, ni de local. Mais Venise, c’est aussi ses intrigues, ses mystères, ses masques. Il y avait là des créations très originales, des ors, des plumes, des grandioses, des flamboyantes, toutes superbes. Et puis encore, Venise c’est aussi Murano et le travail du verre, des pièces de toutes tailles, de tous les prix, de toutes sortes d’usage aussi. Ça méritait quand même un peu plus de curiosité que quelques visites indifférentes de boutiques. Un saut à Murano c’est déjà une petite expédition en soi. Dans l’agitation du quai principal, sous l’averse qui ne semble jamais devoir cesser, il faut trouver le mot juste, non, ce n’est pas Muralto, puis le débarcadère adéquat et la bonne ligne, sous peine de vraiment débarquer à Muralto. A peine débarqué, l’émerveillement est au coin du ponton. Les boutiques se suivent, certaines proposent aussi une visite des fornaci avec une démonstration. Il y a des pièces incroyables de complexité, de flamboyance, de créativité. Le musée est plus terre à terre, en comparaison de notre premier regard, les pièces paraissent ordinaires, ternes. Elles sont surtout anciennes, ternies, fades mais techniques, délicates, fines et complexes. Deux salles présentent des pièces plus récentes, plus grandes aussi, sobres ou éclatantes et là, pour moi, comme un coup de foudre. Un vase, massif, comme un rectangle épais aux angles adoucis, les couleurs subtiles en transparence. On admettrait presque l’expression «Voir Venise et mourir».
La technique est appelée «sommerso», elle est ancienne et a été réhabilitée dans les années 1950 et qui consiste à superposer des couches de verre en passant successivement l’objet dans des creusets de verre en fusion, qui permet de subtiles combinaisons de couleurs.

